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Comment éviter de mourir de chagrin durant le deuil ? Lutter contre les idées suicidaires

Fréquentes durant le deuil, les idées suicidaires prennent racines dans le vide insupportable engendré par le départ de l’être cher. Une phrase revient sans cesse dans de nombreux témoignages, une phrase qui traduit ce désir de mettre fin à la douleur insoutenable, sans renoncer au lien d’amour indéfectible avec le défunt « j’ai envie de le/la rejoindre ».

Il est essentiel de rester vigilant à cette formule. Que se cache t-il vraiment derrière cette phrase ? Comment surmonter les idées noires qui jalonnent chaque chemin de deuil ? Comment aider une personne à survivre quand la peine est trop intense ?

Si vous ressentez des envies suicidaires ou si vous êtes un proche accompagnant, il est normal de vous sentir totalement submergé ou de ne pas savoir comment réagir dans une telle situation de détresse. Vous êtes peut-être partagé entre la peur de prendre ces ressentis trop à la légère ou à l’inverse d’alimenter un désir de mourir, en lui accordant trop d’importance.

Pourtant le suicide durant le deuil est une réalité. La période qui suit la perte d’un être cher est un moment de fragilité exacerbée, exposant aux risques du suicide dont plus de 10 000 français sont victimes chaque année.

Les suicides, 3 fois plus nombreux que les accidents de la circulation, représentent la première cause de mort brutale en 2015 et plus de 176 000 tentatives de suicide sont prises en charge chaque année par les urgences hospitalières. Plusieurs études sur le veuvage ont d’ailleurs mis en évidence une augmentation considérable (entre 40% et 80% en fonction des études) de la mortalité du conjoint survivant au cours de la première année qui suit le décès. (Étude à lire : « Risques de mortalité et de surmortalité au cours des dix premières années du veuvage » par Xavier Thierry)

Dans cette vidéo Isabelle Carmoin, psychologue en réseau de soin palliatif aborde une question qui reste taboue et qui fait encore de trop nombreuses victimes :  « Que faire quand le chagrin nous éloigne de la rive de la vie ? »

Quelles sont les racines des idées suicidaires au cours du deuil ?

Lors de la perte d’un enfant, un parent ou son partenaire de vie, il est légitime de se sentir happé par le vide que laisse son absence, de ne plus vouloir continuer à vivre une existence qui semble avoir perdu tout son sens. Chacun durant le deuil peut être amené à éprouver cette phase de désespoir, emplie d’idées noires et de fatigue intense. C’est d’ailleurs durant les moments où l’on se sent à bout de force que la tentation de mettre fin à la douleur se fait le plus pressante.

Ce vécu dépressif est d’autant plus accentué durant les premières étapes du deuil, notamment durant la phase dite de « recherche », période au cours de laquelle le besoin de faire perdurer le lien avec le défunt se fait ressentir. L’envie de mourir reflète alors l’expression d’une forme de « fidélité au défunt », comme une manière de lui attester de son attachement éternel, de lui dire « je ne peux plus vivre sans toi », « sans ta présence, je ne suis plus rien ». Dès lors, l’on souhaite plus que tout, « le/la rejoindre ». Dans ce cas, cette recherche de conservation du lien avec le défunt – qui est totalement légitime et inhérent au processus de deuil – renforce/alimente ces pulsions de mort.

Cette aspiration est bien sûr fréquente, elle fait partie intégrante des premiers temps de la perte. Elle n’est donc pas systématiquement à considérer comme “anormale” ou nécessairement dangereuse. Au fil du temps elle a tendance à se dissiper jusqu’à disparaitre des esprits à mesure que l’on réintègre la vie. Pourtant, dans certains cas, ces pensées de mort persistent, jusqu’à devenir omniprésentes.

L’orque l’on ne parvient plus à se rattacher à une raison de vivre et que l’envie de mort prend le dessus sur (celle de se battre) tout le reste, de façon à envahir toutes les pensées, alors il existe un réel risque de se laisser emporter dans une spirale d’isolement, au point d’entrevoir la mort comme la seule issue. Ce mouvement peut aboutir à l’élaboration d’un véritable scénario de passage à l’acte. Si vous vous reconnaissez dans cette situation, il est essentiel de consulter un médecin, de contacter un réseau associatif ou d’en parler à une personne de confiance.

Des facteurs aggravants du deuil.

Un autre élément peut accentuer les risques liés aux pensées suicidaires : c’est bien sur l’estime de soi. Quand elle est au plus bas, que l’on se sent en ruine, détruit par la perte, on peut avoir le sentiment d’être inutile, de représenter un fardeau pour les proches qui nous entourent et nous voient dépérir. Face au défi que constitue le fait de se reconstruire, on peut alors en arriver à vouloir mourir pour “soulager son entourage”. C’est pourquoi un conseil essentiel qui nous semble être au cœur du processus de deuil et de rétablissement progressif, est de prendre soin de vous au quotidien. Nous vous alertons sur le fait impérieux de rester vigilant quant à votre hygiène de vie : d’entretenir des habitudes et des routines structurantes, un rythme de vie stable, des rituels sociabilisant, de prendre soin de votre santé et de votre sommeil, ceci est un enjeu vital pour vous qui vivez un deuil.

Enfin, les envies suicidaire, peuvent prendre leurs racines dans un autre sentiment très répandu et particulièrement déstabilisant durant le deuil : le sentiment de culpabilité. Qu’il soit fondé ou non, il peut devenir un vrai frein au processus de deuil et déséquilibrer vos fondations les plus solides. Pour mettre à distance le désir suicidaire lié à la culpabilité, il faut alors se pencher et travailler sur ses origines profondes. Là encore les mots et la qualité de votre interlocuteur sont déterminants. N’hésitez pas à vous faire aider.

> Lire aussi « Vivre les émotions du deuil : colère, culpabilité et soulagement »

Prévention du suicide durant le deuil : À quels signes faut-il rester attentif ?

Comme nous avons pu le voir dans la vidéo, quelles que soient les raisons qui motivent votre désir de mourir, l’un des enjeux essentiels pour prévenir les risques liés à un passage à l’acte est de trouver un interlocuteur fiable, qui pourra écouter votre souffrance en toute bienveillance et saura vous aider à trouver vos raisons de combattre, votre chemin de vie.

Si vous éprouvez des difficultés à identifier un accompagnant de qualité, peut-être que la consultation du dossier « comment s’entourer durant le deuil » pourra vous aider.

Enfin, si vous êtes l’accompagnant qui a reçu cet appel à l’aide, n’hésitez pas mettre des mots sur les maux. N’ayez pas peur de poser des questions concrètes pour identifier le risque de passage à l’acte, telles que « as-tu un scénario en tête ? », « combien de fois par jour/semaine penses-tu à cela ? ». Restez également attentif aux comportements qui laisseraient penser à un “départ” parfois précurseur d’un passage à l’acte, à une consommation de médicaments trop importante et plus généralement à tous les comportements dangereux, qui indiquent un dépérissement volontaire ou inconscient (conduite à risque, consommation d’alcool, ou tout autre équivalent suicidaire).

Bien que le sujet puisse être délicat et faire peur, il est important d’en parler : en matière de suicide, le silence est plus meurtrier que la parole.

Il est toujours possible de retrouver le chemin de la vie, même lorsque tout parait désespéré. Sur le forum d’entraide, des milliers de messages porteurs d’espoir, de vies réinventées, témoignent des chemins divers et inattendus que peut emprunter la vie. Ils peuvent peut-être vous inspirer et vous aider à trouver le sens de votre existence sans la personne aimée, qui demeurera toujours dans votre cœur. Enfin, n’hésitez surtout pas à faire appel à un professionnel ou aux réseaux associatifs pour vous faire aider dans l’épreuve que vous traversez. Voici ci-dessous un lien vers le site du Service Public contenant la liste des associations et autres réseaux de soutien qui vous tendront la main.

De tout cœur avec vous.

> Retrouvez tous les contacts et informations de prévention sur le Service Public

> À lire aussi : 12 textes et citations émouvants sur le suicide

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A propos de l'auteur

Yacine Akhrib « Vous pouvez me joindre sur le forum d’entraide. N’hésitez pas à m’écrire si vous souhaitez échanger au sujet de votre perte ou si vous avez besoin de conseils pour aider un proche en deuil. »
Comment éviter de mourir de chagrin durant le deuil ? Lutter contre les idées suicidaires
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Les recherches qui ont mené à cet article : « chagrin apres deces conjoint, idees suicidaires apres un deuil, que faire durant le ramadan pour un enfant decede, suicide pour te rejoindre ».

5 Commentaires

  1. de RAED dominique

    MERCI et plus…………

    dominique qui a perdu la plus belle et la plus altruiste des épouses…………

  2. de RAED dominique

    rectification ou complément !
    “la plus belle” (ESPRIT, PERSONNE…)

    dominique

  3. J ai 47 ans. J ai du lutter toute la vie contre un environnement familial toxique et pour certains d entre eux abusifs. Dénoncer et me récolter en tant qu’ enfant et adolescent à en fait aggravé le rejet et l isolement. J ai ainsi été en internat. Je précise que ce ne sont pas mes parents qui ont été violents et abusifs mais d autres membres de la famille. Ainsi une partie de la famille m a rejetée et j en ai fait de même. Malgré une grande évolution dans mon parcours professionnel et dans les études, je suis une de ces rares personnes qui sont parvenues à “sortir de leurs conditions d origine” personne dans ma famille paternelle ou maternelle ne disposait d un diplôme supérieur. Ce que j ai réussi et je dirige une structure dans le domaine de l aide aux personnes. Bien sûr j ai eu beaucoup de difficultés dans ma vie privée. J ai vu différents psychologues de tout type d approche. Enfant et adolescente aucun adulte n étant à mes yeux fiables j ai compter sur moi et gérer seule et moi même toutes les périodes d angoisses et de paniques. En m isolant en cherchant des techniques pour les gérer. Plus tard en consultant. J ai régler une partie des conséquences des abus physiques et sexuels que j ai subi comme les phénomènes de dissociation par exemple…mais voilà avant 30 ans je suis tombée sur qqn de pervers narcinarcissique…ne craignez rien je m en suis débarrassé et j ai su grave à a une thérapie que je tentais inconsciemment de reprendre du contrôle sur une situation abusive pour tenter de régler mon enfance. Bref. Je vous épargne la suite. Malgré différentes tentatives je n ai pas pu avoir d enfants certains y verront les conséquences de sensuels psy d autres un problème physique…j étais fort attachée à ma mère avec laquelle j ai pu résoudre beaucoup de choses au niveau relationnel. Elle est partie brusquement il y a 2 ans d un arrêt cardiaque alors qu’ elle était au téléphone avec moi. J étais enceinte. Les circonstances ont été brutales et je suis allée sur place. Malgré toutes les tentatives des urgentistes son coeur n a pas pu être stabilisé. J ai pu me mettre près d elle. Chez elle a son domicile et lui dire au revoir.. .L enterrement fut terrible…le contact avec une famille méprisante et rejetante aussi. Une ignoble hypocrisie. J ai fait une dernière fausse couche le soir de son enterrement. Entre temps je me suis retrouvée seule…mon compagnon qui s était déjà éloigné avait en fait une double relation et…avait mis enceinte sa maîtresse. Je suis depuis ces deux année et demi. Je peux lire tout ce qui existe sur le développement personnel et ce que cela me renvoi c est que j ai sans doute réussi ma vie professionnelle mais la vie personnelle est un désert et un désastre. Je me retrouve ainsi finalement sans famille sans enfants…et la psychologie ne fait que me renvoyer que finalement je suis responsable en partie de cette situation…du vous rejoue des scénarios à prédictions auto réalisatrices et j en passe…bref. la psychologie produit en elle même de la culpabilité…du désespoir aussi…47 ans…une période de bilan de vie…je retire du positif et suis fière de moi au niveau professionnel mais cette partie ne m intéresse que peu en fait. Ce qui comptait c était le reste. Le travail ne fait pas mon identité. Cette personne ma mère était sans doute le seul être humain à m’ aimer de manière inconditionnelle…elle n est plus…je sais que nous avons tous à relever les défis existentiels. Défi de la solitude, de la liberté, de la finitude…et oui je connais aussi les approches en psychologie humaniste…j ai des angoisses reccirentes qui ne me quittent que lorsque que j entre dans le costume de dirigeante…j essaye de m’ accrocher à la vie…j essaye de me dire que je peux faire progresser des plus jeunes…etre utiles dans la transmission du savoir…mais cela ne remplis pas le vide…ca ne suffit pas….le sens de la vie s amenuise au fur et à mesure des jours qui passent…bien sûr j aimerais la rejoindre et je sais que derrière cela se cache le besoin d être aimée et d aimer…j ai perdu confiance en moi sur le plan personnel. Je me méfie de moi même des gens qui sont attirés par moi ou desquels je suis attirés.. .qu’ est ce que cela révèle et dans le fond…tout ce qui se construit dans une relation ou la construction d’une famille et bien font partie du passé. Je peux profiter des découverte de l instant présent de la nature…tout me semble mince consolation. C est comme si les des avaient été pipés …et me voilà à 47 ans à penser tous les matin…a la mort et à arrêter ce cercle infernal.

    • Bonjour Samanta si l’envie vous prend de discuter n’hésitez pas je trouve ça scandaleux ce que ces psy vous on dit comme si vous étiez responsable du libre arbitre des autres non mais franchement… on vous a trahi ça c’est par essence quelque chose qui se fait à votre insu donc imprévisible! C’est consternant que la psychologie soit si condamnatrice mais heureusement il semble que vous ayez assez d’indépendance pour faire le tri… en tout cas n’hésitez pas envoyez moi un mail si le coeur vous en dit j’aurai certainement des choses à apprendre de vous soyez bénie!

    • Bonjour, laissez-moi vous répondre un peu plus longuement dans les jours qui viennent… Bien à vous…

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