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Les 3 paradoxes à résoudre lorsque nous perdons notre moitié

Le deuil du conjoint n’épargne aucun aspect de l’existence, absolument tout est bouleversé après la mort de son compagnon : de son identité, à son projet de vie, en passant par les finances, ou encore la sexualité.

Marie Noel Damas deuil
Marie-Noël Damas.

Pour parler de l’immense tâche que constitue la reconstruction après un tel tsunami, je suis allé à la rencontre de Marie-Noël Damas auteur de l’ouvrage Phares dans la tempête du deuil.

C’est sous la forme un peu spéciale d’un article en hommage à son amie Jocelyne qu’elle aborde les questions qui jalonnent le chemin de deuil de chaque conjoint survivant. (Les textes en italiques viennent du journal de deuil de Jocelyne. Le temps après le décès de son mari est indiqué après les extraits)

Deuil du conjoint, la réalité du quotidien

Lorsque Yacine m’a proposé d’écrire un article sur le deuil du conjoint, je me suis précipitée sur Internet pour chercher des statistiques sur le nombre de veuves et de veufs, sur la survie du conjoint, sur les maladies déclenchées suite à un décès, etc.

Par ce type de recherche je tentais de me rassurer sur le futur contenu de mon article.

En effet, les statistiques en appellent à la raison pour tenter d’apaiser les émotions. C’est exactement ce que les endeuillés tentent de faire dans les premiers temps du deuil : se rassurer sur leur normalité face à l’intensité des émotions ressenties. Mais bien que tous les deuils aient des caractéristiques communes, le deuil reste avant tout un processus individuel. Les statistiques ne représentent pas ces histoires si particulières et uniques que les patients viennent me raconter dans mon cabinet.

Nous entrons dès lors dans la première caractéristique de tout deuil : le paradoxe.

  • Nous voudrions nous sentir normal par rapport à ce que nous vivons mais nous revendiquons l’unicité de notre souffrance, son caractère exceptionnel.

  • Nous voudrions aller mieux car la souffrance quotidienne est insupportable mais nous ne voulons pas quitter notre chagrin. Nous avons l’impression de trahir l’autre en allant mieux.

  • Nous voudrions que les gens arrêtent de nous solliciter à sortir de chez nous mais nous souffrons de solitude. Une fois dehors nous voudrions être dedans et vice versa.

L’annonce du décès (ou de la maladie) nous divise en deux.

Une partie de nous sait exactement ce qui est en train de se passer. L’autre partie refuse d’admettre que l’autre est mort (ou se meurt). Bien que ce déni soit le tout début du deuil, nous refuserons encore longtemps que ce soit arrivé. Nous restons coincés entre souhaits et réalité.

Le combat entre ces deux parties de nous prend son origine dans les deux hémisphères de notre cerveau : l’hémisphère gauche, rationnel, logique, attaché aux détails et l’hémisphère droit, émotionnel, symbolique, avec une vue globale.

Nous avons appris depuis tout petit à donner la priorité à notre logique, notre rationalité au détriment de nos émotions. Nous croyons que les émotions doivent se gérer, se contrôler, voire n’avoir pas le droit d’exister.

« En fait, je me sens pleine de contradictions. Il y a comme deux personnes en moi : l’une qui pense qu’il m’est désormais impossible de faire autrement ou de revenir en arrière et qu’il faut aller de l’avant, coûte que coûte, ne serait-ce pour vivre et profiter de ces années qui lui ont été volées, et une autre, si seule et de plus en plus désespérée, qui craint l’oubli et la trahison, qui trouve que tout cela commence à ressembler à l’ébauche d’une nouvelle vie dont elle ne veut pas entendre parler. » 14ème mois du journal de deuil – Jocelyne

Le deuil ouvre en grand la forteresse dans laquelle elles étaient enfermées. Nous sommes submergés, envahis, débordés par des vagues de chagrin, de colère, de culpabilité, de peur.

« La vie sans toi commence. Dans la souffrance, les larmes, la douleur, le désespoir, le manque, le vide, l’absence. Dans la rage aussi, la révolte, la colère, le doute. Les questionnements. Je me retrouve dans la confusion la plus totale, face à une route que je vais devoir continuer sans toi. » 1er mois.

Nous sommes donc déchirés en deux. C’est d’ailleurs cette sensation de déchirement, d’arrachement qui brûle le corps et l’esprit dans les premiers moments après le décès. Nous avons perdu notre moitié. C’est souvent ainsi qu’on qualifie le conjoint : notre moitié.

deuil conjoint veuve 2

Chaque deuil est unique

Chaque deuil est unique car il dépend de trois facteurs : la personnalité de l’endeuillé, les circonstances du décès et le lien que nous avons avec le défunt. De plus, l’âge auquel le deuil intervient change une partie des données. Quel que soit le type de deuil vécu, il y aura toujours des gens pour nous donner des conseils et c’est souvent difficile de garder son calme devant ces personnes qui manifestement ne comprennent rien à ce que nous vivons.

« Je suis dans une phase agressive. Cela ne me ressemble pas et pourtant, certaines personnes m’énervent. Peut-être essaient-elles de m’aider mais elles s’y prennent mal. Je voudrais qu’on me laisse tranquille. « Enlève tes photos, c’est malsain » – « Cesse d’aller au cimetière, tu ne t’en sortiras jamais » – Inscris-toi dans des clubs (!), rencontre quelqu’un, ne reste pas seule » – C’est la meilleure celle-là. Comme si on reprenait un homme, un compagnon comme on reprend un chien. Comme si j’avais la tête et le reste à ça. C’est n’importe quoi. Depuis que je n’écoute que moi, que je laisse parler mon cœur, je fais de bons choix. Je sais mieux que quiconque ce qui me fait du bien ou du mal. » 3ème mois

« Je pensais que ce veuf ressentirait les mêmes choses que moi, qu’il traverserait les mêmes épreuves que moi et je m’attendais à le retrouver aussi désespéré que moi. Mais il a une autre façon de voir les choses et donc, de réagir. J’ai déjà commis la même erreur avec d’autres personnes. Quand l’une d’elle me disait qu’elle était passée par là, je me croyais en pays de connaissance. Or, ce n’est pas nécessairement le cas. Votre chagrin étonne, vos idées noires étonnent, votre apathie surprend. D’où cette impression tellement tenace que je n’arrive pas à m’en débarrasser : je ne suis plus normale car je suis la seule à ressentir ce que je ressens. » 8ème mois

Bien que chaque deuil soit unique, nous pouvons retrouver des caractéristiques communes aux deuils de conjoints.

La perte de notre identité

Qui sommes-nous sans l’autre ? Depuis le début de notre relation, nous avons appris à nous identifier dans les yeux de l’autre. « Que tu es beau, belle ! » – « Qu’est-ce que je ferais sans toi ? ». Nous avons existé dans le regard de notre conjoint et soudain personne ne nous désire plus, ne nous fait plus de compliment, ne nous manifeste plus de tendresse complice.

« Ce n’est pas ainsi que ça devait se passer. Nous étions si sereins à la pensée de vieillir ensemble. Voir les cheveux blanchir, le visage se rider, la peau se parcheminer et lire encore et toujours dans les yeux de l’autre l’expression de l’amour et de la tendresse. » 11ème mois

Au niveau social, c’est un changement important. Nous étions un couple officiellement, légalement ou non. Nous devenons une veuve, un veuf. Avec les peurs générées dans l’entourage par la réputation d’une femme seule, menace pour les couples. Des hommes, même mariés ne se gênent pas pour faire des propositions. Les démarches administratives enfoncent le clou : il faut modifier le nom des abonnements des fournisseurs d’énergie ou d’eau. Répéter que le conjoint est décédé. Et même si nous demandons à un proche d’effectuer les démarches, lorsque le courrier arrivera, il représentera ce changement de statut social avec la mention « veuf, veuve » ou la suppression du nom de notre aimée(e).

Lorsque nous serons invités par nos amis, nous serons seul(e ), parmi les couples, avec cette impression d’être la cinquième roue de la charrette. Sans savoir où se mettre à table.

Nous perdons nos projets communs

Nous sommes nostalgiques de l’avenir que nous n’aurons pas ensemble. Autant pour l’autre qui n’aura pas la chance de vivre ce que celui qui reste vivra que pour nous-mêmes, condamnés à un avenir sans l’autre. Un avenir que nous ne voulons pas vivre.

« L’autre jour, j’ai parlé à Élise. Je lui disais à quel point j’étais désespérée à l’idée qu’il ne pouvait plus profiter de rien, de le savoir privé de tout ce qu’il aimait. Plus respirer, plus rire, plus manger, plus voyager, plus aimé. » 4ème mois

Les voyages prévus qui ne seront jamais réalisés. Ou qui seront faits avec tant de chagrin en mémoire de celui qui est parti.

« Lorsque je voyais ce que Pedro avait laissé d’inachevé dans son atelier, j’avais les larmes aux yeux. Son tracteur, son bateau, sa locomotive, les outils qu’il aimait tellement avaient l’air d’attendre son retour ». 13ème mois

Toute notre existence à réorganiser

Quand notre conjoint décède, la vie quotidienne semble devenir une montagne : les femmes se retrouvent avec les problèmes techniques de l’entretien de la maison, les hommes avec l’organisation ménagère. Aucun des deux n’a l’habitude de gérer cette part du quotidien, surtout si ils avaient l’habitude de se répartir le travail. C’est peut-être moins difficile lorsque les conjoints partageaient les tâches communes.

Par exemple, il faut décider rapidement (pensent les autres) de se débarrasser des affaires du conjoint décédé. Le peignoir et les produits de toilette à la salle de bain, le manteau et les chaussures dans l’entrée, les vêtements dans la garde-robe. Que faire avec ces objets qui sont à la fois une ultime trace de celui qui est parti et le rappel douloureux de son départ ?

« C’est à croire que les objets sont animés d’une vie propre. Ils doivent sentir l’absence du maître et ils me jouent des tours pendables. Pourquoi le tambour de la machine à laver ne tourne-t-il plus ? Pourquoi le spot qui vient de rendre l’âme a-t-il fait sauter les fusibles ? Et si j’avais le feu ? Et cette eau qui est apparue du jour au lendemain sur le sol de la salle de bain, d’où vient-elle ? Qui va désormais faire l’entretien de la chaudière et nettoyer les gouttières ? Le voisin m’a gentiment demandé d’élaguer les branches de l’énorme cerisier. Comment vais-je grimer là-haut. Pedro faisait tout, tout et je ne sais pas à qui m’adresser maintenant. » 4ème mois

Pour certains, réintégrer le lit conjugal est une épreuve de force.

Le grand lit est vide et il faut parfois du temps pour retourner dormir dans le lit conjugal. Paradoxalement, nous nous emmitouflons dans le peignoir ou le pyjama de l’autre. Et plus tard lorsque l’énergie de la vie reprendra nous ne saurons que faire de notre désir sexuel.

« J’ai réintégré notre chambre. Il m’en a fallu du courage. Les deux premières nuits, je n’ai pas fermé l’œil mais je me suis obstinée et maintenant, je dors dans ce grand lit que je n’aurais jamais dû quitter. Mais je reste bien sagement dans mon coin. Je me garde bien d’empiéter sur SON côté. Comme s’il allait monter à son tour et s’installer près de moi. » 8ème mois

Alors que d’autres y passent la majorité de leur temps de solitude.

Les finances peuvent devenir un véritable problème et mettre la sécurité de la famille en péril : peut-être va-t-il falloir vendre la maison, déménager. Comment s’en sortir avec un seul salaire ? De ce fait, on va devoir faire le deuil d’endroits où l’autre a vécu, où on a été heureux.

Lorsque le deuil intervient dans un jeune couple (en dessous de 55 ans) avec des enfants à la maison, le parent restant est préoccupé par la gestion des émotions des enfants en plus des siens. Souvent, les enfants vont devenir la seule raison pour l’endeuillé de se lever et de continuer à vivre. Il va peut-être manquer de relation avec des adultes, coincé dans l’organisation quotidienne et la fatigue de son deuil.

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Se réengager émotionnellement

Le temps va passer et la question de se réinvestir dans une nouvelle relation va se poser. Il est souvent compliqué de se réengager émotionnellement après le décès du conjoint. Les statistiques (revenons-y) montrent que les femmes restent plus longtemps seules que les hommes. Sans doute pour s’occuper des enfants alors que les hommes sont plus démunis face au quotidien et ont besoin d’une « maman » pour tenir le foyer. Certains hommes ont besoin de leur sexualité pour se reconnecter au flux de la vie et souffrent de cette abstinence forcée alors que c’est moins important pour les femmes dans un premier temps. Les femmes, elles, sont plus en manque de tendresse et de réconfort.

Le sentiment de trahir le conjoint décédé en se réengageant est très vif. Continuer à vivre alors que l’autre est mort génère souvent de la culpabilité, d’autant plus s’il s’agit de vivre heureux et de revivre des moments de plaisir. D’autres questions beaucoup plus pragmatiques apparaissent aussi : comment les proches vont-ils réagir, notamment la belle-famille ? Comment présenter ce nouveau conjoint aux enfants ? Comment ne pas comparer avec celui ou celle qui est parti ?

Parfois, le nouveau compagnon, la nouvelle compagne, s’ils sont rencontrés dans l’année suivant le décès servent à soulager voire à remplacer le travail de deuil. Le deuil pourtant se fait doucement en arrière-plan de la conscience et lorsqu’on ira mieux, on se rendra compte que l’attachement n’est pas aussi important que ce qu’on croyait au départ. Le nouveau conjoint, lui, a peut-être été satisfait par son rôle de soignant et lorsque l’autre va mieux, le sens de la relation est parfois remis en question et doit être revu. Ou bien, compréhensif dans un premier temps, le nouveau conjoint peut commencer à se lasser de ce deuil qui s’éternise et met fin à la relation, replongeant l’endeuillé dans la mémoire douloureuse de la perte, à l’endroit même où il avait cru enterrer sa souffrance.

« Une de mes connaissances a trouvé la solution à tous mes maux : reprendre quelqu’un. Cela devient une obsession, ma parole. Mais vous ne comprenez rien ! J’ai vécu 37 ans sous un soleil généreux, le seul soleil qui ne brûle pas, n’aveugle pas, ne file pas le cancer mais qui me galvanisait, faisait de moi un être on ne peut plus vivant. Aux côtés de mon homme, j‘ai connu la plus belle chose qui soit au monde : aimer et être aimée, en investissant tout ce que l’on a, tout ce que l’on est, dans une relation tellement intense que l’on se rend compte au fil du temps qu’elle restera unique. Et on voudrait que je me contente maintenant d’une lampe à bronzer ? C’est quoi ce délire ? » 11ème mois

« Aimer comme je l’aime ne vous est offert qu’une fois. La semaine dernière, quelqu’un m’a demandé que l’on se voie. Il a perdu sa compagne il y a six mois et se verrait bien continuer la route en ma compagnie. Pas moi. Mes visions ne sont pas de cet ordre-là. Comme d’habitude, la réponse a été sans équivoque, j’aime les choses claires, cela évite bien des malentendus. Pourquoi irais-je m’encombrer d’un bonhomme alors que le souvenir de Pedro commence à me tenir le cœur plus au chaud ? Au moment où j’arrive peu à peu à l’accueillir en moi, à le retrouver d’une autre façon que par les larmes ou la détresse ? » 19ème mois

Le deuil du conjoint est à la fois semblable et différent des autres types de deuils. Néanmoins, ce sont des humains qui le vivent et activent le fond commun de notre humanité. Les émotions sont semblables bien que les circonstances qui les provoquent soient différentes. Elles embarquent notre raison dans des montagnes russes terrifiantes auxquelles nous pensons ne pas pouvoir survivre.

Pourtant, il existe des solutions pour les rééquilibrer même momentanément, histoire de prendre un peu de repos avant de reprendre notre souffle.

Phares dans la tempête du deuil : sa reconstruire après la perte de son conjoint

Voici pour apaiser votre cerveau gauche, une image globale du parcours du deuil, quel qu’il soit.

Le jour où vous apprenez la mort de celui ou celle que vous aimez, c’est comme si vous étiez précipité d’une falaise dans la mer. Une haute falaise, avec une petite plage inaccessible à ses pieds. La mer est violente même par beau temps. La mer de vos émotions.

Votre premier réflexe, un geste de survie, est de nager tant que vous pouvez vers le rivage, à contre-courant, malgré la force des vagues, jour et nuit… pour ne pas sombrer, ne pas être emporté au large.

Voici plusieurs mois maintenant que vous nagez, espérant toujours pouvoir rejoindre la plage, la falaise de votre passé. Une petite voix en vous commence à perdre l’espoir. Vous êtes fatigué de lutter contre ces courants violents. Vous êtes seul au milieu de la tempête. Et le rivage s’éloigne petit-à-petit. Vous êtes impuissant devant la force de la vie. Malgré vous, elle vous emporte. Vous devez quitter des yeux l’image de votre bonheur passé, de votre vie « d’avant ».

Il n’y a rien à faire, vous êtes emporté, épuisé par cette lutte.

Vous lâchez prise contraint et forcé. Obligé malgré vous de laisser s’éloigner le territoire du passé. Pour aller où ? Vers quelle nouvelle terre invisible et peut-être inexistante ? Les jours semblent des semaines, les semaines des mois et les mois des années. Pourtant, c’était hier. Le jour où vous êtes tombé dans la mer. Votre continent vous manque tant. Il a disparu à l’horizon. Vous en rêvez parfois encore.

Un jour, un rocher émerge devant vous. Un tout petit rocher. Vous y grimpez. Il n’y a pas encore beaucoup de vie mais vous pouvez vous y poser quelques instants. Les vagues vous obligent à quitter votre point de repos. Jusqu’au prochain rocher, un peu plus grand. La mer vous emporte chaque fois un peu plus loin de votre passé. Un matin, debout sur le dernier rocher, il vous semble apercevoir un îlot.

C’est bien un petit bout d’île, c’est le début d’un archipel, c’est la pointe d’un nouveau continent.

Un continent inconnu, qui accueille un naufragé, un inconnu. En chemin vous avez perdu des certitudes, de la confiance, des amis. Vous avez trouvé une certaine philosophie, un autre ordre du monde, fragiles.

Enfin, vous arrivez sur une plage et vous recommencez à vivre.

> Extrait de Phares dans la tempête du deuil

deuil conjoint

J’aimerais finir par un extrait du journal de Jocelyne, 20 mois après la mort de son mari.

« Je commence à me rendre compte que ce passé dans lequel je m’efforçais de vivre doit, au contraire, ouvrir la voie de mon avenir. Depuis peu, je me sens pleine de tout ce que j’ai vécu. Loin d’être une entrave ou une source de regrets, cela me donne une force incroyable et me pousse à avancer encore et encore.

D’où me vient, à certains moments, cette paix que je n’attendais plus ? Cette sensation d’être en osmose avec moi-même ; cette assurance qui m’habite face à mon quotidien solitaire et non dénué de soucis ? Cette distance bienfaisante que je suis capable de prendre vis à vis de tous les polluants de l’esprit ? Qu’est-ce qui me motive et me change à ce point, sinon cette certitude ancrée en moi que nul ne pourra jamais me reprendre ce qui fut et que je pourrai, autant et quand je le voudrai, puiser dans ce trésor pour aller plus loin encore ?

Faire étape sur mon île et repartir d’un cœur plus léger. J’ai parfois l’impression d’être intérieurement intouchable, forte que je suis de tout ce qui m’habite aujourd’hui.

Je porte désormais mon homme comme jadis j’ai porté notre enfant. Pourtant c’est de moi que la vie fait un être en devenir. Et si accouchement il y a, ce sera de ce que je suis vraiment.

J’ai cessé de faire les choses comme il les aurait faites, de me demander si ce serait son choix, s’il aurait approuvé mes décisions ou ce qu’il penserait de ceci ou de cela. C’est de ma vie qu’il s’agit et pour la première fois, je ne dois tenir compte que de moi. Tout est à construire et à entreprendre selon ce que je suis. » – 20ème mois

En mémoire de Jocelyne.

N’hésitez pas à partager vos retours et questions en commentaire pour un prochain article ou à découvrir d’autres témoignages sur le forum d’entraide.

Phares dans la tempête du deuil – Conférence de Marie-Noël Damas

Les 3 paradoxes à résoudre lorsque nous perdons notre moitié
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8 Commentaires

  1. Bonjour,
    je pourrais choquer tout le monde car c’est un soulagement que mon mari ( un érotomane, égocentrique et manipulateur, très gentil, et que tout le monde admirait…etc… )…
    mais non , ca ne se passe pas comme ça, tout ce qui m’a fait mal avec lui qui m’ignorait… je connais mon histoire et je sais pourquoi je l’ai épousé… cela a duré longtemps, j’ai 69 ans et toute ma souffrance ressort et en avec des haut et des bas… c’est tout mon passé de souffrance avec lui qui me remonte…
    je suis le plus possible avec les autres et je ne reste pas seule… mais par moment les cicatrices refont très mal…
    Il était parti vivre avec une autre femme ( après en avoir eu des centaines…) et il a eu un cancer et nous l’avons accompagné dans les derniers jours… il n’avait pas conscience…
    nous n’avons jamais pu nous rencontrer.. on ne rencontre jamais une personne comme ça…

  2. merci pour ce temoignage; avoir reussi à mettre en mot ce que nous vivons et que nul ne peut comprendre…je suis veuve depuis 16 mois. mon mari est décédé dans sa 42 eme année; sans tambour ni trompette; brutalement. tout le monde pensait que j’etais le pilier mais en fait chacun de nous etait le pilier de l’autre..mon monde s’est effondré et moi en bon petit soldat j’ai fait ce qu’on attendait de moi: je me suis battue pour continuer à avancer. aujourd’hui mon corps exprime ce que je n’ai pas réussi à dire: fracture sur fracture..je me casse de partout enfin surtout les membres inférieurs…j’essaye de trouver de nouveaux objectifs; de me faire plaisir; mais en fait je me sens vide et inutile. on me dit tu es jeune tu referas ta vie; je crois en l’amour mais je ne suis pas sure d’etre capable de tut donner ..;à nouveau!
    ça fait du bien de voir que ce ressenti est normal. j’ai perdu un enfant; et je suis restée enfermée sur moi meme ensuite : je pensais que rien ne pouvait etre pire; mais la perte de l’autre…

    • Bonjour. Connaissez-vous l’association Vivre Son Deuil? Elle organise dans beaucoup de villes de France des groupes de parole pour personnes endeuillées. Je fais personnellement partie de Vivre son Deuil Nord-Pas-De-Calais. Je peux vous dire que participer à l’aventure d’un groupe durant 1 an (1 fois par mois) apaise et aide à retrouver peu à peu un nouvel élan vital, tout en intégrant la réalité de la perte de l’être cher. Tout un chemin …. avec d’autres endeuillés et l’encadrement de 2 animatrices. Cordialement

  3. les extraits m’on parlé. Je me reconnais totalement. Mon mari est décédé le mois dernier d’un cancer. Je me trouve dans la phase de sidération, les soirées en particulier sont insupportables. Je me sens vidée de toute énergie, j’ai tout juste la force de me rendre au village voisin de 2 kms pour faire quelques courses. On me conseille de sortir, de voir du monde je n’en ai aucune envie. D’autre part je suis isolée, je n’ai pas d’amis proches, mes enfants sont pris par leurs activités. j’ai 71 ans, mon mari avait un an de plus que moi, nous étions fusionnels et ne faisions rien l’un sans l’autre. une partie de moi même a été arrachée. J’ai des crises d’angoisses, des sanglots qui m’étouffent. Mes enfants même s’ils sont adultes sont devenus ma seule raison d’exister…de plus j’angoisse pur eux, j’ai peur pur eux, dès que je ne parviens pas à les joindre j’élabore un scenario catastrophe…j’ai l’impression d’être dans un tunnel sombre et la lueur est si loin….

  4. Article très intéressant qui me donne des éléments pour accompagner une amie qui a perdu son mari.
    Avez-vous abordé sur votre site la problématique du deuil d’un conjoint qui se passe (apparemment) très bien au départ et dont les effets (angoisses, malaises, petite déprime, …) se situent un après le décès. Toute cause physique a été éliminée. Merci de votre réponse.
    Bien cordialement,
    Colibri

  5. Comme beaucoup de témoignages…ce que je vis est bien précisé et dit dans cet article et l’auteure y met ses “tripes”. J’ai perdu mon compagnon âgé de 42 ans il y a maintenant 4 ans…il m’accompagne tous les jours à chacun de mes pas, malgré le fait que j’ai essayé et essaie de “refaire” ma vie. Je m’engage dans des relations qui ne m’apportent que réconfort et dans lesquelles j’apprends à revivre mais surtout à me débattre avec sa perte si violente…je crois en l’amour mais la réalité et que non je ne suis pas amoureuse…et pour le coup je fais su mal malgré moi puisque je ne cherche qu’à voiler mon deuil et me “sauver”. La chute est rude…jusqu’à quelle profondeur vais-je descendre ? Je ne vois pas encore de bout d’île et suis épuisée de nager pour ne rien atteindre, pour moi, pour mes filles.

  6. Quand on a rien à dire à une personne qui a perdu sa moitié, on se tait. Surtout quand on a pas encore vécu un tel chagrin. Nul ne brave un concours pour perdre son compagnon, auquel cas on s’arranger ait à l’échouer. Certains mauvais consolateurs ne comprennent pas l’existence, d’un puissant amour sans argent, dénué de tout intérêt. Et que c’est ce type d’amour quand il se brise, laisse un chagrin éternel. J’ai même été brutalisée par des personnes très proches qui la même semaine de l’enterrement de mon compagnon, me posaient des ultimatum sur des choix à venir, dommage, mais un proverbe ne dit t’il pas ” qu’il pleut sur tous les toits” . je reste constante, je l’ai aimé, je l’aime, et je l’aimerai éternellement. Rien ne passera, on efface pas une trentaine de vie de paix, de douceur et de sérénité.

  7. Boinsoir à touts et à tous,
    Le journal de deuil de Jocelyne m’a motivé à écrire ces mots. Avec les extraits suivis de dates, je me rappelle maintenant clairement de mon propre itinéraire que j’ai suivi dans mon chemin de deuil. Une date m’est particulièrement chère. Quoique la personne que j’ai perdu ne soit pas mon conjoint (comme tous les intervenants) mais une personne qui comptait beaucoup pour moi, j’aimerais tout de même apporter mon témoignage du moment que je porte moi aussi le titre « endeuillée ». Dans mon cas, quelques mois plus tard j’ai eu l’expérience la plus merveilleuse du deuil. J’ai vécu l’expérience de L’OUVERTURE DU CŒUR. Une expérience singulière dans la vie de tout endeuillé. Je la souhaite sincèrement pour tout endeuillé qui aspire à sortir de son tunnel. Comment décrire cette expérience ? Les petits détails de ce vécu sont vraiment uniques en leur genre. Je me sentais gracieusement cheminé vers la perception de plans plus hauts de l’existence : la communication avec les plantes, les arbres, les fleurs, les animaux.. . J’éprouvais de la gratitude pour tout et rien. Le deuil est une force massive qui détruit la structure mentale de l’homme, c’est connu. Mais cette même force qui m’a un jour détruit en prenant la personne qui comptait le plus pour moi m’a réveillé un jour avec plus d’ intensité. Je remercie cette force d’ailleurs d’avoir eu ce pouvoir de me détruire et de me reconstruire de nouveau. Ce n’est pas commun : Je sentais le muscle de mon cœur s’élargir devant mes yeux. Un nouveau cœur se reconstituait. On n’assiste d’habitude pas à sa propre constitution quand on est dans le ventre de sa mère. Mais là, si. On se sent important d’avoir ce privilège. De la joie et du bienêtre découlaient.
    Dans les profondeurs de mon âme il n’y a aujourd’hui que de l’amour pour moi-même et pour l’autre (sans même le connaitre). Quelle magnifique expérience !Après avoir été frappée par un grand malheur et fragilisé par la dureté de la vie et des gens face à l’épreuve du deuil, il me semble que « l’ouverture du cœur » est le plus cadeau du deuil qui nous soit offert.
    Tendres pensées;

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