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vendredi , 17 novembre 2017

Hélène Micollet Olagnon, psychogénalogiste à Vivre son Deuil

Vivre son deuil Languedoc Roussillon

La Fédération Européenne Vivre son deuil est présente dans la France entière à travers ses nombreuses antennes locales, toutes animées par des bénévoles formés. A l’occasion du Congrès «Deuil et monde du travail», nous partons à la rencontre d’Hélène Micollet Olagnon, engagée avec énergie à Nîmes dans l’organisation de cet évènement national. Elle nous parle d’un domaine peu connu du grand public la “psychogénéalogie”

Bonjour Hélène, pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené au bénévolat ?

Helene Micollet olagnonDe par mon métier (praticienne en psychogénéalogie), je rencontre des personnes endeuillées qui évoquent les difficultés à parler, à trouver une écoute attentive. Ces personnes endeuillées font “peur” parfois à la société, dérangent quand leur chagrin semble s’éterniser.

M’insérer dans une association et apporter mon aide sont des actes utiles et nécessaires pour moi, c’est un peu ma façon de m’équilibrer socialement.

Je suis sensible au fait qu’un deuil peut en cacher un autre plus ancien qui est réactivé par le décès récent. Ainsi, les personnes vont exprimer des larmes ou des peines qui sont restées “en suspens” depuis des années, des décennies, voire des générations avant. Oui, nous pouvons pleurer des larmes pour un chagrin qui ne nous “appartient” pas, qui a été vécu par un parent ou un grand-parent. Il y a transmission inconsciente de beaucoup de choses, et de chagrin également…

Pouvez-vous nous faire part de votre expérience et votre parcours dans votre association, ce que vous faites auprès des endeuillés ?

Je viens juste d’intégrer l’association. Cependant, à la demande de Delphine Guéry, nous avons proposé à un groupe de paroles de travailler avec leur arbre généalogique. Toutes les personnes ont accepté, à la fois curieuses de découvrir les liens pouvant être faits et quelque peu craintives ou sceptiques…

groupe de parole vivre son deuilJe vois combien pointer les deuils de la généalogie qui semblent être encore “actifs”, c’est-à-dire dont le processus est bloqué (et quelquefois des décennies après) est indispensable. Dans ces situations où les processus de deuil semblent figés, nous trouvons des états dépressifs parfois, des pleurs irrépressibles pour des ruptures bénignes, des difficultés à vivre les séparations et bien d’autres maux… Ainsi une fille peut pleurer les larmes que sa mère n’a pas versées à la mort de ses propres parents car elle était enceinte, partagée entre la joie de donner la vie et la mort qui s’invitait dans une période de grand chamboulement émotif. Cette fille a gardé en elle l’empreinte de la grande détresse de sa mère qui n’a pu exprimer sa douleur en son temps, qui a retenu ses larmes et n’a d’ailleurs plus pleurer depuis, les pleurs étant “interdits” dans son inconscient, signe de trop grande douleur. De ne pas s’être autorisée à pleurer, sa fille, véritable éponge des émotions maternelles, pleure à sa place pour tout, chargée du fardeau inconscient d’aider sa mère à gérer son émotionnel.

Vous voyez qu’un évènement de notre vie peut être en lien avec des évènements familiaux qui ne nous concernent pas toujours de très près…

Nous avons donc proposé au groupe de paroles deux séances de 2h où les personnes volontaires dessinaient leur arbre généalogique avec les éléments qu’elles avaient en leur possession. Les arbres scotchés sur le mur devant le groupe, chacune des personnes a exprimé ce qu’elle a ressenti en dessinant son arbre, ce qu’elle a noté et découvert. Elles ont pu dire des souffrances, faire des liens et trouver des répétitions de situations, des deuils vécu par des ancêtres qui semblaient encore aujourd’hui douloureux…

Elles ont trouvé ce travail très intéressant, débouchant sur une lecture de l’histoire familiale différente.

Je pense à une personne en particulier pour qui cette expérience a été particulièrement pertinente et qui a fait un retour très positif.

“Pleine main, j’ai reçu, pleine main, j’ai donné”

Pourquoi avez-vous choisi ce type d’actions en particulier ? 

Depuis de longues années, je travaille dans le monde des “relations humaines”, d’abord en tant que partenaire d’entreprises dans la gestion de leurs équipes, puis en tant qu’accompagnatrice auprès de particuliers dans leurs difficultés de la vie. En parallèle de ma vie professionnelle, je me suis toujours investie dans des actions bénévoles ou sociales.


Qu’est-ce que ça vous apporte humainement d’aider les autres, de les accompagner ? 

C’est un échange permanent entre la personne accompagnée et moi, et que ce soit dans les groupes ou les consultations individuelles, cela m’apporte beaucoup sur le plan humain et personnel. Nous apprenons beaucoup sur nous-même grâce aux autres !

Un proverbe que j’apprécie particulièrement, dit : “Pleine main, j’ai reçu, pleine main, j’ai donné”. Cela me nourrit intellectuellement et également au niveau du cœur.


Pourquoi il est important de se faire accompagner selon vous ? 

D’abord, se savoir “pas isolé et pas seul” à traverser la détresse et la douleur du deuil est important et même nécessaire. Puis pour certains, ce sera l’occasion d’évoquer des douleurs anciennes que leur entourage n’est peut-être pas prêt à entendre. Et parfois certaines familles ont de longues histoires à répétition avec les deuils, ce qui peut entraîner des difficultés chez les descendants. Cette prise de conscience peut libérer les générations à venir d’une charge émotionnelle qui ne leur appartient pas.

Et puis, nous sommes humains, donc pas toujours “forts et solides” en toute circonstance. Nous pouvons avoir besoin de béquilles temporaires de temps en temps. Il suffit de nous y autoriser…


Qu’avez-vous envie de dire à une personne qui est en deuil ? Un conseil ?

Ne restez pas isolé si vous vous sentez en difficulté ou en peine. Aujourd’hui, il est peut-être plus difficile d’être en deuil, la société acceptant péniblement les personnes tristes, dépressives ou en pleurs. Peu de signe distinctif pour des personnes en deuil montrent leur état de fragilité momentanée, contrairement à autrefois, où les vêtements noirs étaient de rigueur pour de longs mois par exemple. La société savait alors que cette famille était éprouvée. On laissait le temps faire son travail. Aujourd’hui, la société n’a pas le temps ou plutôt ne le prend plus, ce temps, pourtant si nécessaire à la cicatrisation des blessures de la vie.

Si j’avais un conseil à donner, (le mot “conseil” est peut-être présomptueux !) ce serait : prenez le temps de pleurer, de parler, de faire ce cheminement nécessaire pour aller vers le mieux, écoutez votre corps qui s’exprime par de la lassitude ou des larmes. Il est naturel de connaître des états de déprime et même si le deuil est ancien, nous sommes des humains avec des émotions à gérer, qui peuvent survenir de temps à autre, nous surprenant parfois, bien longtemps après, mais elles sont là pour indiquer notre sensibilité et notre nature humaine !

“Faire le deuil” n’est pas oublier. Pleurer même des années après un décès ne signifie pas que nous n’avons pas avancé, cela signifie simplement que nous sommes peut-être actuellement dans une phase de fragilité qui a besoin de s’exprimer par des larmes…

Merci infiniment Hélène.

Découvrez l’interview de Delphine Guéry également bénévole à l’association Vivre son deuil Languedoc-Roussilon qui nous parle des groupes de parole ainsi que toute les actions d’accompagnement de l’association.

Hélène Micollet Olagnon, psychogénalogiste à Vivre son Deuil
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